Le carré des Qallunaat

Le carré des Qallunaat :
Un projet dans les écoles d’Inukjuak et d’Umiujaq

Tout est carré dans notre culture occidentale : les pixels de notre écran, nos appareils mobile, notre table de travail, sans compter les frontières de notre quartier, de notre comté, de notre pays. Et s’il y avait aussi un carré dans notre tête?

« Le carré des Qallunaat » est un projet développé par le cinéaste Julien Boisvert qui est parti à la rencontre des élèves dans deux écoles du Nunavik. Comment ces jeunes Inuits perçoivent cette « invasion du carré » qui touche désormais leur territoire et leur culture? À travers des ateliers de création tenus à l’automne 2018, le projet a permis de montrer aux élèves les rudiments d’un tournage de film. À la fin de chaque semaine, le court métrage réalisé en classe était présenté dans la salle communautaire du village. Près d’une cinquantaine de personnes ont assisté à chaque projection.

Mais au-delà du volet cinéma, c’est l’expérience de réflexion qui constituait le nerf du projet. Élèves, professeurs et cinéaste ont cogité ensemble pour discerner quel est le mode de penser des Qallunaat – dit « l’Homme blanc » – et comment il se distingue de la « Inuit Way ». Rapidité, précision, perfection, impatience sont les mots qui ont été nommés le plus souvent pour qualifier la mentalité occidentale.

Si ces Qallunaat ont un esprit carré, alors quelle forme définirait la culture inuite? Un cercle aurait été la réponse facile. Beaucoup d’objets traditionnels épousent en effet cette forme: igloo, ulu, qullik, canot, curving, drum et bien d’autres. Leur vision de la nature et des relations humaines est aussi teintée par le cercle, qui s’exprime par des communautés fortes, une économie basée sur les coopératives, une conscience plus aiguë des cycles lunaire et solaire, un soucis permanent pour la reproduction de la vie, etc.

Mais dans les faits, l’expérience n’a pas permis de conclure que la forme circulaire régissait le monde inuit. D’abord, cet exercice de réflexion n’intéressait pas vraiment les participants. Donc difficile d’obtenir des réponses. C’est un questionnement qui semble interpeller davantage les anthropologues, les cinéastes comme Julien et autres types de Qallunaat qui cherchent dans leur tête au lieu de vivre le moment présent.

En parallèle, une des deux classes a exploré  la question des appareils mobiles, notamment comment ces technologies affectent spécialement les jeunes Inuits. Un atelier de création de « memes » en Inuktitut a permis de réfléchir à la rareté du contenu inuit sur le Web.

Une chose est sûre, la culture inuite se situe à l’opposé du carré. Elle est faite de courbes, voire de lignes aléatoires, ce qui permet sans doute à ce peuple de mieux cohabiter avec la nature environnante, elle-même régie par ces lois géométriques. En ces temps de crise climatique, ne serait-il pas temps pour les Occidentaux de revenir eux aussi à un mode de vie plus circulaire? D’adoucir les coins de leur carré? Ce projet déployé dans les écoles d’Inukjuak et d’Umiujaq s’est soldé sans avoir pu répondre à toutes ces questions. Il en a même fait naître de nouvelles. Ça tombe bien, cette aventure artistico-philosophique ne fait que commencer!

Ce projet est financé par Culture à l’école. Il était offert en partenariat avec Kativik Ilisarniliriniq (la commisson scolaire du Nunavik), Main Film et L’OEIL CINÉMA. Un gros merci pour la collabo indispensable des professeurs Francis Giguère et Patrick Maltais, de la responsable de Youth Fusion Rebecca Lessard, ainsi que d’Amber Douthwright de Kativik! Merci aussi à tous ces gens pour votre participation: à Inukjuak, les élèves de Francis et Magalie, Catherine Massé, Chantale Parent, Nancy Osbourne, Sylvie Roussy, Joshua Kettler, Stella et Sophie; à Umiujaq, Nellie Tookalook, Darlene MacDougall, Mina Novalinga, Willie Kumarluk, Matthew Bryan, Olivier, Cindy, Cheryl, Eve.